Lettre de Gaby

A ma famille Ociriz,
Je suis assis dans ma petite chambre au Centre de spiritualité jésuite à Tabarre, à Port-au-Prince. Parfois quand je suis seul, il m ́arrive de réfléchir sur un sujet donné, méditer sur quelques aspects de ma vie intérieure ou apostolique; aussi m ́arrive-t-il de prier ou contempler les beautés divines à travers cette nature qui se refuse de céder aux assauts de l’humain surtout de l’homo economicus, entendu comme celui qui ne peut pas inclure dans son bienêtre le bien de l’autre ; ou à travers des petites choses, des petits gestes humains spontanés qui font oublier, ne fut-ce que pour quelques secondes, les grandes calamités de ce monde ; ou enfin à travers des petites rencontres amoureuses réelles ou virtuelles qui rappellent l’essence de notre vie et les raisons pour lesquelles nous avons été créés.
C ́est dans ce cadre de l ́un de ces moments de solitude que je me suis surpris en train de ruminer le plaisir que j’ai éprouvé au cours d’une conversation que j ́ai eu avec Jean par WhatsApp dans l’après-midi du mercredi 9 décembre. Nous avons parlé de tout et de rien, surtout de la possible troisième vague de corona en Europe et de ses effets socio-économiques dévastateurs. D’une possible relation avec l ́Université de Louvain. Comme vous connaissez Jean, avec ses verbes faciles, dans moins de quelques minutes, il vous donne des informations très importantes, sans oublier les entre-parenthèses qui viennent avec. Nous avons parlé bien sûr de Bois-rouge, de ses défis, de ses avancements malgré les freins et les obstacles imposés par la nature et surtout par la négligence humaine. nous avons parlé de ces 200 enfants et jeunes qui fréquentent actuellement l ́école fondamentale, du préscolaire à la 6ème année fondamentale et une classe spéciale pour les jeunes plus âgés, ensuite une salle de coupe-couture pour filles et une salle informatique. Nous avons parlé de la possibilité d ́avoir un professeur de français sur un temps long.
J’en ai profité pour lui communiquer aussi que j’ai une nouvelle fonction à l ́Université Notre Dame D’Haiti. En effet, je suis responsable de la coopération universitaire. Une nouvelle fenêtre de coopération interuniversitaire qui peut aussi se mettre à profit, dans une certaine mesure, à Bois-rouge; comme ce fut le cas en été 2019. Bois-rouge fut le lieu de rencontre entre l’Université Catholique de Louvain et l’Université d’État D’Haiti autour d’un grand projet d’adduction d’eau potable. Un premier grand projet étudié et exécuté en partie par les étudiants les deux universités.
C ́est dans ce cadre de ce plaisir qu ́il me prend donc l’envie de mettre par écrit et de partager avec toute la famille OCIRIZ ces émotions qui m ́ animent. Il me prend l’envie d’une action de grâce pour cette belle relation que nous avons tissée au cours de ces dix longues années. Elle est de ces relations qui empêchent de sombrer dans le pessimisme et dans l ́ indifférence en dépit du fait que la situation mondiale actuelle nous y invite au quotidien. Elle est de ces relations qui font germer l’espoir et nourrissent l’espérance.
Je voudrais dire merci pour tant d ́enfants, de jeunes et moins jeunes et adultes qui se sont impliqués dans cette relation d ́amour, de fraternité et de solidarité et qui donnent vie et dynamisme à cette grande famille OCIRIZ. Je voudrais dire merci à -et pour- ces 402 braves marcheurs qui ont bravé le covid en vue de manifester leur solidarité avec les enfants d’Haiti, spécialement avec ceux de Bois- rouge.
Quand Marie Fautrez m’a annoncé la nouvelle que vous avez pu organiser la marche, et quand elle m ́a envoyé les photos illustratives, l ́émotion était trop grande, j ́ai littéralement pleuré. Mais au fond j ́ai pleuré de cette joie profonde qui est en soit ineffable, mais saisissante et envahissante. Le geste de ces marcheurs transcende son aspect financier. Il naît de l ́humanité profonde, celle qui raccourcit les distances, qui rapproche les cultures et unit les peuples ; celle qui fait marcher pour un monde plus solidaire, plus humain et plus fraternel. C ́est de cette joie qui nous envahit quand nous faisons le don de notre personne et que ce don est accueilli et fructifié en vue du bienêtre de l’autre. Je me réjouis encore de faire partie de ce mouvement qui veut rappeler à qui veut l ́entendre que la coopération durable et véritable est celle qui connecte les gens et les met en relation pour nourrir ensemble le rêve d’un monde où la Joie est possible.
Je m ́en suis inspiré pour organiser les deux journées de reforestation et de plantation de cacao à Bois-rouge. J ́écoute la voix de Marie Fautrez quand elle m ́écrit « Merciiiii pour ces images positives qui font du bien… tes photos et vidéos de groupes, d ́activités et de soleil nous font du bien » J ́en ai parlé aux jeunes et aux enfants pour qu ́ils comprennent qu ́ils font partie d ́une grande famille transnationale et transculturelle qui se soucie d ́eux et fait tout au péril de la santé de tous et de toutes pour leur venir en aide et qu ́en guise de remerciement et reconnaissance ils doivent devenir acteurs et actrices dans la transformation de leur environnement.

Comment ne pas remercier tant de générosité. Cette générosité qui donne beaucoup et qui se contente de peu en retour. Cela fait songer que nous sommes au temps de l’Avent. Le temps où la générosité divine se fait chair pour nous accompagner dans notre quête de sens ultime et dans notre désir d ́être le plus humain possible et à la fois le plus divin possible. Animés par l ́Esprit du Bien et d’Amour, nous sommes appelés à faire de ce monde un endroit où la fraternité transnationale, internationale et transculturelle est plus qu ́un simple vœux.
Joyeux Noël et Heureuse année 2021. Que le don de nous-même nous procure la Joie pérenne. Je vous attends tous à Bois-rouge en 2021 pour continuer à célébrer la Vie en famille.
Gaby.